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Poesie 


LE JARDIN DU GRAND-PERE

Il l'avait découvert tout au bout d'un chemin de terre, longé par une rivière. De loin il avait suivi du regard la rangée de peupliers alignés droits dans le ciel, épousant les courbes du petit fleuve tranquille qui s'étirait en contre-bas. Une vigne en friche abandonnée avait fait la décision. Durant de longues années il avait avec passion aménagé cette grande parcelle aride en un magnifique jardin. Seul son instinct l'avait guidé dans le choix d'une végétation intemporelle, haies, arbres et massifs se substituant aux saisons, glissant sans mélancolie du printemps à l'hiver. Un matin d'automne, sa tâche accomplie il s'en est allé, bêtement surpris entre deux voitures, rejoindre les "jardiniers du Ciel". Ce paradis existe encore. J'y entretiens avec nostalgie les massifs de roses. Un haut "Mas de Vigne" entouré de cyprès le désigne de loin aux touristes pressés. Parfois, en été, sur ce chemin certains s'y aventurent à la recherche de la fraîcheur de la rivière proche. Ils se heurtent au panneau dissuasif : Voie sans issue. Le poète jardinier a déserté les lieux. Les grands cèdres bleus témoignent du temps qui s'est écoulé depuis, démesurément grands, imposants, ployant sous la force du vent les jours de tramontane. La longue table de céramique bleue scellée près du "barbecue" se souvient des insouciantes et joyeuses tablées qui si souvent réunissaient petits enfants, parents et amis. Tous dans ce lieu dit son absence. Ce matin, j'ai cueilli les premières roses d'une simplicité absolue. Elles iront ces quelques jours embaumer l'image du père, rejoint depuis par le fils, durant ces heureuses années ils les avaient si souvent respirées.

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La lettre de la bien aimée.

Lundi, le pensionnat reprend ses droits lorsqu'on franchit les lourdes portes du lycée sous l'oeil vigilant du Surveillant Général, cerbère terrible dans son imper gris. On a encore dans la tête toutes les douceurs du dimanche : les sourires échangés, les silences d'une longue promenade, la promesse qu'on s'est faite d'oser lui prendre la main, l'ivresse d'un baiser où les mains restent sages et les yeux s'enflamment d'une passion profonde. "Promis, tu m'écriras ?"... Il n'en faut pas plus pour accepter la séparation de cette fin de week-end. De cette promesse sussurée plus que prononçée nait le plaisir de l'attente de la lettre de la bien-aimée. Lundi midi, on n'y croit pas mais on va malgré tout voir le courrier... rien... Il n'y a pas de déception, lundi c'est trop tôt. Mais un début d'angoisse : m'écrira-t-elle ? La journée se traîne... et le soir, à l'étude, avant même d'ouvrir ses cahiers, comme pour exorciser le doute, on lui écrit une longue lettre. La feuille de papier devient une confidente discrète et complète. A-t-on vraiment conscience que la lettre sera lue, ou n'est-ce pas plutôt à soi-même que l'on écrit ? Les timidités s'évanouissent sous la plume, l'amour s'épanche en grandes tirades poétiques, le verbe devient sourire et l'amour s'écrit avec un grand A. Mardi, 10 heures, la récré... on se précipite vers le courrier. Rien... rien que le spleen. On se console en se disant qu'elle a certainement écrit la veille, que sa lettre est postée aujourd'hui et que demain ! Oui, demain il y aura certainement une enveloppe dans la boîte, une lettre, une longue lettre. Pas une carte postale offerte aux yeux de tous. Non, la carte est trop réductrice, l'amour qui nous enflamme ne peut pas connaître l'avarice des mots et nos doux aveux ont besoin de cette fine protection qu'est l'enveloppe, ultime rempart de nos confidences. Le soir, on s'endort au milieu de la chambrée en songeant à cette lettre qui viendra, à ces retrouvailles de milieu de semaine. On imagine les trésors d'affection contenus dans l'ultime phrase avant sa signature... du baiser envoyé par voie postale. Peut-être aura-t-elle posé ses lèvres avant de refermer la lettre ? Mercredi, la récré se fait attendre, les cours s'étendent en longueur et la sirène tarde à se faire entendre dans le lycée. Son cri strident retentit enfin... on se précipite, mais pas trop vite pour donner le change aux copains, seul l'ami, celui avec qui on partage sa petite vie intérieure, sait que la lettre est attendue avec fièvre. On y va ensemble, pour le plaisir de partager ce moment de joie. Rien... un instant de déception terrible. L'ami, le copain de toutes les fortunes et infortunes, vous regarde, regarde la boîte et s'exclame : "le facteur n'est pas passé ! Regarde, personne n'a de courrier". L'espoir renaît, l'attente de midi devient un plaisir que l'on savoure en secret. On se résigne à retourner en cours, mais le Prof de Maths a beau faire de son mieux, on n'a pas la tête à s'émerveiller devant l'étude d'une fonction du deuxième degré. Le monde s'articule sur une seule certitude... manuscrite, enveloppée et timbrée d'une petite Marianne républicaine. Une certitude qui veut masquer le doute, l'affreuse vérité que l'on écarte aussitôt qu'elle tente de s'immiscer : "Et si elle ne m'écrivait pas ?". Midi... la lettre est là !!! Avant même de le savoir, on avait vu la boite à courrier pleine, débordante de lettres de tous formats, de toutes couleurs. Une corne d'abondance pour les centaines de pensionnaires. Et au milieu de ce foissonnement, on a reconnu de suite son écriture. Sa lettre est là, elle m'a écrit. On prend l'enveloppe et on s'écarte de suite. Quelques pas suffisent pour passer du public au privé, l'intimité se mesure en mètres. On relit l'adresse comme pour s'assurer que ce n'est pas un rêve, on la retourne, on sourit aux petits signes cabalistiques tracés dans chaque coin de l'enveloppe F P M B, au message laissé au facteur pour qu'il hâte sa distribution. On imagine que le préposé des PTT a recueilli ce pli des mains de la bien-aimée comme le faisaient autrefois les messagers des princesses. On aimerait le remercier ce brave facteur qui a su porter avec complicité les mots secrets de l'élue de notre coeur. Délicatement, pour ne rien abimer de cette fragile construction de papier, on la range dans sa poche de blouse d'écolier, la poche intérieure, celle qui se trouve près du coeur... et loin des yeux indiscrets. On la range sans l'ouvrir, se réservant le plaisir de la lire plus tard. Le lycée continue sa vie recluse. On part à la cantine, on partage la table de huit avec les copains et aucun ne soupçonne que ce jour-là, une invitée s'est glissée parmi la joyeuse compagnie. De temps en temps, on palpe furtivement l'enveloppe en songeant au bonheur qui nous attend, plus tard, dans la solitude d'un parc ou la chaleur d'un bistrot du centre ville. Cet instant de partage avec l'élue du coeur, on ne veut pas le faire n'importe comment, n'importe où ni trop rapidement. Il y a une alchimie du plaisir dans l'attente de la lecture qui procure une telle joie qu'on fait tout pour la retarder le plus possible. L'après-midi est libre, on s'éloigne du lycée, en petits groupes, pour vivre intensément ces heures de liberté. Cinémas, disquaires, librairies, cafés... nos pas nous entraînent toujours vers les mêmes lieux. Mais ce jour là, un rituel se met en place... on sait que cet après-midi, quand on aura repassé en mémoire tous les souvenirs du dernier dimanche, on s'éloignera discrétement pour une longue promenade silencieuse dans les rues de la ville. Après des sourires échangés avec l'enveloppe, et parce qu'on s'est promis de la prendre avec douceur, on trouvera refuge sur un banc d'un jardin public, un peu à l'écart, et délicatement, on osera enfin découvrir le trésor de tendresse que la bien-aimée a caché dans une enveloppe blanche fermée par mille baisers. Même si l'on sait que c'est à ce moment précis que le plaisir va prendre fin en attendant la promesse d'une autre lettre.

Bernard STEPHAN




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