Ville de sète. tourisme, infos, shoppingSete Languedoc Sud France  Tourisme infos shopping Internet  depuis 1997

SETE et BASSIN DE THAU

TOURISME & CULTURE

 

 

ACCUEIL  DU SITE    - - ARCHIVES  DU CHICHOIS


    



   |

---


  
 

^




 

1


 

Poesie 


DE L'INFORTUNE DES MOTS

Après toutes ces années, j'en arrive à être persuadé que le don qui m'a été donné n'avait rien d'une bénédiction des dieux. Et si j'écris aujourd'hui, c'est autant pour me libérer que pour tenter d'expliquer à ceux qui ont eu à subir mon verbe durant toutes ces années de maléfice. Méfiez-vous de mes mots car j'ignore leur puissance dans l'écriture, au pire lisez-les mais ne les prononcez pas et si vous observez le moindre phénomène incongru... arrêtez tout et brûlez ces pages.

Tout a commencé après mon retour d'un long périple maritime en Océan Indien. Je me souviens du premier jour comme si chaque matin, il reprenait forme et que j'essayais de le comprendre.

Je me sentais en pleine forme ce matin de mai, et décidais de commencer la journée par la tournée traditionnelle des jours de congés : la boulangerie, le marchand de journaux et un petit café noir pour savourer croissants et magazines. Et chaque "bonjour" que je lançais autant par civilité que par réelle affection pour les quidams rencontrés se traduisait par un sourire plus épanoui que d'ordinaire chez mes contemporains. Avais-je donc tant manqué à mon petit village pour que ses habitants m'octroie un signe manifeste de sympathie.

Après quelques jours, mes amis me firent remarquer que quelque chose avait changé en moi...... ma conversation, pourtant anodine, leur procurait une réelle chaleur. A telle point que mon amie d'alors me suppliait parfois de me taire...... "Tais-toi, tu me brûles !" me lança-t-elle, un soir que nous échangions de douces confidences. Ce que je prenais pour une tournure élégante, une expression amoureuse portée à son paroxysme, n'était que pure réalité. Et devant la petite tâche brunâtre qui venait d'apparaître sur le dessus de sa main, je fus bien obligé de croire que quelque chose d'anormal se produisait.

J'interrogeais mes proches... et après quelques hésitations, ils avouèrent ressentir effectivement une chaleur toute calorifique lorsque je me mettais à parler. Peu enclin à croire aux sorcelleries de tous genres, je décidais de passer cette expérience au crible de la raison et de l'analyse scientifique. D'abord, s'assurer de la réalité physique du phénomène.

Nous imaginâmes une foule d'expériences plus convaincantes les unes que les autres. Je vous ferais grâce des détails, mais en conclusion, il s'avérait indéniable qu'il suffisait que je prenne la parole pour que ceux qui m'entendent ressentent d'abord une sensation agréable de chaleur, puis de légers picotements pour finalement avoir cette insupportable sensation de brûlure.

La nouvelle fit rapidement le tour du village et chacun s'en amusait plutôt que de s'en inquiéter. Moi-même, je dois l'avouer, je le prenais comme un jeu... une lubie passagère de la nature qui disparaîtrait aussi subitement qu'elle était apparue. Lorsque le Comité des Fêtes organisait une manifestation, on m'appelait "pour chauffer la salle"... "Dis-leur un mot, mais un mot, pas plus !". Et j'y allais d'un bon mot.

J'eus également la certitude que mon don ne s'exerçait pas sur les objets. Et ce n'est pas faute d'avoir parler de longues heures à un verre d'eau dans lequel trempait majestueusement un thermomètre. Objets inanimés, si vous avez une âme, elle reste de glace. Il fallait un être vivant pour que mon verbe exerce son pouvoir. Par contre, les animaux ne semblaient pas être affectés par mes longs diatribes. Non seulement l'être devait être vivant mais doué d'entendement. Ma curiosité alla jusqu'à tenter des expériences suivant la teneur du message. Et ce fut une piste très prometteuse, je découvris que je pouvais provoquer d'autres réactions chez mes semblables selon le choix des mots, l'intonation de la voix. Cette découverte m'offrit des perspectives pas toujours très honnêtes, il faut bien le reconnaître.

Méthodiquement, en cartésien appliqué, je fis et refis mille petits essais pour classer, cataloguer, regrouper à la fois les effets obtenus et les mots qui en sont les catalyseurs. Des sensations premières, chaud, froid, humide, j'en arrivais bientôt à des phénomènes plus complexes. Je tentais avec succès de provoquer la peur, l'angoisse, la honte, l'assurance. Ce qui n'alla pas sans agacer mes relations.

J'étais devenu un accro des mots, je ne pensais plus qu'à ce don que je cherchais à développer au maximum de ses capacités. Mes recherches me dirigèrent également vers la thérapie. Pourrais-je, par un mot, une phrase, soulager une crise de rhumatismes, faire passer un mal de tête. J'étais devenu une sorte de guérisseur. Les gens venaient me consulter pour soulager une vieille douleur, vaincre un handicap congénital. J'appliquais mes mots dans leur esprit comme on met des ventouses. Des politiques influents me consultèrent dans le plus grand secret pour que je leur fournisse la recette du mot qui sait convaincre. Mais mon pouvoir restait sans effet sur la langue de bois, et c'est peut-être aussi bien comme ça.

L'effet devint si terrible que je devais m'observer sans cesse, mes mots n'étaient jamais innocents et je devais réfléchir à deux fois avant d'ouvrir la bouche. Ma concierge en fit la triste expérience... selon mon vocabulaire du jour, elle passa de la poussée d'acné aux palpitations cardiaques. Je crois même que ce fut sur un mot de moi qu'elle tomba amoureuse du cul-de-jatte du 3ème.

Le phénomène me dépassa complètement et il n'était pas rare que j'arracha quelques larmes à la crémière lors de mes emplettes. Le brave curé de mon village me demanda, gentiment mais fermement, de ne plus assister à ses offices... sinon, me lança-t-il : "Nous en viendrons aux mots". Que répondre ? Rien car je redoutais l'effet pervers de mes propres paroles. La voie du silence me semblât la seule raisonnable. Mes lèvres se scellèrent pour toujours et la paix revint dans le village. Mais il n'est de pire bavard que celui qui veut se taire. Comment retenir tout ce flux contenu en moi ? Comment se débarrasser de cet excès de verbe ? Je trouvais alors un échappatoire : chaque jour, je me vidais les poumons dans une bouteille, j'épanchais ma soif de parler dans des litrons vides que je rebouchais aussitôt laissant au liège le soin de prémunir l'humanité de la perversion de mes propos.

Ce fut un grand soulagement pour moi, le seul qui me permis de rester muet toutes ces années. Rapidement ma cave devint trop étroite pour contenir tous ces cadavres de verre. Consciencieusement et dans le plus grand secret, j'entrepris de transvaser ces effluves de mon verbe dans de grands tonneaux. Opération délicate où il ne fallait pas que le moindre mot déborde. Malgré toutes mes précautions, les mots, ainsi mélangés, ont commencé à fusionner ; une alchimie subtile s'est mise en place. Je sentais qu'à l'intérieur des fûts de chêne, ça travaillait dur !

Un petit sifflement d'abord et ce fut l'explosion... un Tchernobyl verbal se répandit sur toute la campagne. Le mot est particulièrement ravageur lorsqu'il a ainsi été retenu durant des années. Depuis, je parcours la campagne pour retrouver un mot échappé, une parole perdue.

Méfiez-vous de mes mots, il y en a certainement un ou deux qui traînent pas loin de chez vous. A bon entendeur...

SOGOL





| OPIS - création sites internet - Hébergement -nom domaine - vente en ligne   
commerces et vente en ligne forum de discussion la région languedoc art et spectacles journal d'information ville de sete