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Jacques ROURÉ, écrivain par goût, fait partie de ces authentiques modestes que l'on découvre avec plaisir. Il a bien voulu sortir de sa réserve naturelle et certainement protectrice d'un certain art de vivre pour répondre aux questions du Chichois... voici ce que furent ces moments délicieux où le sérieux et l'humour ne surent pas toujours se départir.

Le Chichois :Votre vie est comme un page d'écriture..faite de pleins et de déliés. Votre milieu familial vous prédestinait à une carrière littéraire et vous décidez d'embarquer sur les cargos.de l'encre à l'eau pour finalement revenir de l'ancre au stylo..Y-aurez-t-il, sous votre aspect calme et tranquille, un aventurier qui sommeille?

Jacques Rouré : Pas tellement un aventurier qui sommeille, plutot un fou aventurier qui rêve d'aventures.

Le Chichois : Pourquoi partir dans la marine ?

Jacques Rouré : Quand on est de Sète, on est un peu le Marius. L'envie de naviguer, c'est celle de Marius !

Le Chichois : Avant de devenir une signature reconnue, vous êtes certainement passé par des moments de renoncement, de concessions...

Jacques Rouré : Je fais partie, paraît-il, des heureux élus qui sont arrivés jusqu'à mon âge en ne publiant et en n'écrivant que ce qui m'intéressait de publier et d'écrire. Je n'ai jamais fait de concession et ce doit faire certainement partie de ma chance.

Le Chichois : Un idéal d'écriture ?

Jacques Rouré : Je ne pense pas que les écrivains soient des génies ni des artistes. Je crois que l'écriture, c'est de l'artisanat. J'avais un grand-père qui était horloger et je crois que ça tient de cela. Ce qui m'intéresse, c'est le côté artisanal de l'écriture, en gros ce que l'on appelle maintenant le style.

Le Chichois : C'est un peu la foi du Compagnon ?

Jacques Rouré : Oui, je suis persuadé que c'est un travail d'artisan. C'est-à-dire beaucoup de méticulosité et d'entêtement pour arriver au mieux... au meilleur.

Le Chichois : La recherche du beau ?

Jacques Rouré : Je crois beaucoup plus à la lecture parce que je suis un grand lecteur. A la lecture, je suis beaucoup plus sensible au style qu'à l'histoire même du livre.

Le Chichois : Qu'est-ce qui a marqué véritablement votre carrière... à quel moment vous êtes-vous rendu compte que vous ne feriez plus machine arrière ?

Jacques Rouré : Vous savez... J'ai toujours été considéré au collège comme un dilettante. C'est-à-dire, que déjà, je ne faisait que ce qui me plaisait... et ce qui me plaisait, c'était l'écriture. Dès l'âge de la 4ème, j'écrivais des poèmes comme tous les enfants. Et je crois finalement que le secret pour apprendre à écrire, c'est d'avoir une enfance où l'on écrit des poèmes et où l'on fait du latin. Il faut avoir les deux pour pouvoir écrire après... pour pouvoir maîtriser la technique.

Le Chichois : De l'écriture passion à l'écriture professionnelle, il y a quand même un pas...

Jacques Rouré : Il faut ajouter à cela, et c'est ce qui rend parfois les auteurs un peu en vrac, le besoin de fantaisie. Au fond, le secret... c'est une fantaisie maîtrisée par le travail.

Le Chichois : Lorsqu'on examine votre bibliographie, on trouve trois genres : littéraire, touristique et culinaire. Parlez-nous de ces trois grands axes de votre écriture...

Jacques Rouré : Je ne fais pas de différence. Lorsque j'écris une préface à un livre sur les confitures ou sur la bouffe de quelque pays ou région, j'y mets autant de soins que lorsque j'écris un roman ou un recueil de nouvelles. J'essaie... je ne sais pas si j'y arrive, mais ce que je veux, c'est qu'il n'y ait pas de différence de qualité d'écriture entre les deux..

Le Chichois : Concernant votre style... il y a un style Jacques Rouré caractérisé par une finesse dans le choix des mots mais également par un humour particulier...

Jacques Rouré : En tout cas, ce que je recherche lorsque je travaille, en dehors d'une certaine perfection du style, c'est ce que l'on appelle le bonheur d'écriture, et ça je pense que c'est un don de Dieu. Le bonheur d'écriture, c'est-à-dire la définition cocasse ou poétique... le mot juste qui arrive et qui est inattendu.

Le Chichois : Celui qui fait plaisir... Pour vous écrire n'est pas seulement un plaisir égoiste mais c'est aussi un plaisir donné aux autres ?

Jacques Rouré : Non, je suis trop égoiste pour ça... il me suffit de me plaire.

Le Chichois : Cela, c'est l'image du Jacques Rouré discret... mais pour qu'il y ait un Rouré écrivain professionnel, il faut quand même qu'il y ait un public ?

Jacques Rouré : Pour moi, mon public est très limité. Même si je n'avais aucun public, ça ne me dérangerait pas. Il me suffit, et j'ai eu parfois cette chance, d'être aimé par des écrivains eux-mêmes. Il me suffit d'avoir été découvert par Jean Paulhan, ou d'avoir une préface d'Alexandre Vialatte

Le Chichois : Pour vous, la littératute doit-elle être jugée par les auteurs ou par les lecteurs ?

Jacques Rouré : Les éditeurs , à juste raison, pensent que ce qui compte ce sont les lecteurs... et moi, je m'en fous un peu. Pour moi, il y a deux catégories de livres : ceux que j'aurais aimés écrire... dont je suis jaloux... et les autres. Le malheur veut...(le malheur pour les éditeurs) que mes livres préférés sont souvent des livres qui ne sont pas tellement lus. J'ai par exemple une grande admiration pour Léon-Paul Fargue, pour Alexandre Vialattte. Une chose qui a le plus compté pour moi, ce fut d'être en rapport, assez fréquent, d'élève à maître, avec Blaise Cendrars. C'est une partie de ma vie qui me suffit.

Le Chichois : vos souvenirs sont souvent liés à de grands noms... Comment se sont faites ces rencontres ?

Jacques Rouré : Je pense que les rencontres dans la vie, d'une façon ou d'une autre, sont toujours du pur hasard. Cendrars... un jour que j'étais en escale à Marseille, j'ai appris que Cendrars était à Aix-en-Provence... j'ai pris un car et je suis allé voir Cendrars. Il est parti de là que dans toutes les escales que j'ai faites ensuite, j'avais des feux verts de Cendrars qui m'ont ouvert les portes d' Amérique Latine ou de Nouvelle-Orléans.

Le Chichois : Et tout cela en restant à Sète. Après avoir navigué, vous n'avez pas fait de carrière sur Paris, vous êtes resté à Sète.

Jacques Rouré : Tous mes meilleurs amis ont fait carrière à Paris et moi, je n'ai jamais voulu y aller... parce que j'aurais été trop malheureux à Paris. C'est peut-être une question de météo, simplement. Et puis, il faut dire aussi qu'ils avaient des idées de carrière que moi je n'avais pas. Et je me suis vite aperçu que si je voulais essayer de faire une carrière dans la littérature, il me fallait jouer un certain jeu qui ne m'intéressait pas et passer par des obligations d'écriture. J'ai eu la chance d'avoir comme éditeur La Table Ronde qui était le dernier éditeur de Paris qui publiait un livre parce qu'il lui plaisait... alors que les 3/4 des autres le publiait parce qu'ils pensaient que ça allait marcher. Et pour que ça marche, il faut accepter certaines règles... entendons-nous, je suis plein d'admiration pour les gens qui le font... mais moi, ça ne m'intéresse pas.

Le Chichois : Avec l'arrivée en force du marketing, des techniques de ventes, le livre est ramené de plus en plus à la notion de produit...

Jacques Rouré : De plus en plus. Quand j'ai débuté, on faisait des tirages un peu plus forts que maintenant parce qu'il fallait un mois et demi, si le bouquin marchait un peu, pour faire un second tirage. Maintenant, vous avez le second tirage en 48 heures. Ce qui permet aux éditeurs de faire des tirages plus courts, heureusement pour eux d'ailleurs. Je me souviens, il y a quarante ans, on misait sur des auteurs dont on pensait qu'ils auraient un prix... l'éditeur était obligé de faire un tirage important et il y avait quelques bouillons. Les libraires étaient obligés de passer par là aussi.

Le Chichois : La Ville de Sète va vous rendre hommage lundi soir..

Jacques Rouré : Je suis absolument désespéré... enfin quand je dis désespéré, il faut pas exagérer... désespéré parce que je ne suis pas là. Ils sont très gentils d'avoir pensé à moi parce que je pense que ce doit être un honneur mais je ne suis pas là. Ce qui est presque déshonorant aux yeux de certains et un peu étonnant peut-être, c'est que je ne suis pas là parce que je suis en Bretagne. Ce qui est un peu déshonorant pour un méditerranéen, n'est-ce pas ?

Le Chichois : Justement, on se demande si Jacques Rouré doit être honoré pour tout le travail qu'il a fait pour la Région où s'il doit être vu comme celui qui a trahi en révélant toutes les recettes sétoises ? Allez-vous en Bretagne pour faire de l'espionnage culinaire ?

Jacques Rouré : Non, je ne vais pas faire de l'espionnage parce qu'avec ma mauvaise foi coutumière, je pense quand même que notre poisson est meilleur, en tout cas notre cuisine de poissons.

Le Chichois : Vous allez comparer les sauces... Jacques Rouré : Qui sont souvent les mêmes sous d'autres noms.

Le Chichois : Imaginons, on vous offre la possibilité de tout recommencer... que feriez-vous d'autre ?

Jacques Rouré : Je vais vous dire... j'envie les peintres... et peut-être pour en revenir toujours à mon histoire artisanale. J'envie les peintres et ce qui m'a empêché d'être peintre, c'est qu'il y a cinquante ans, les parents étaient effrayés à l'idée que leur fils soit peintre parce que c'était la misère. Mais j'aurais beaucoup aimé être peintre.

Le Chichois : Horloger, non ? L'atavisme n'a pas fonctionné...

Jacques Rouré : Horloger non, je n'ai pas connu mon grand-père, il était mort quand je suis né. Mon grand-père était un personnage assez étonnant. Il était du siècle dernier, et il avait été major de la première année d'une école d'horlogerie nommée Les Cluses, une grande école nationale. Il était considéré comme un très grand horloger mais il aimait tellement la pêche qu'il s'était installé à Sète. Et les matins où il était vraiment sûr qu'il y aurait une excellente pêche, il étalait sur la table toutes les montres qui n'étaient pas en état et il tapait sur les montres... il y en avait toujours une ou deux qui redémarraient. Ca lui permettait d'aller passer la journée à la pêche. Il y avait déjà ce petit côté braque.

Le Chichois : Qui vous caractérise si bien et fait partie de votre charme. Concernant les nouvelles techniques, que pensez-vous d'internet vis-à-vis de la littérature ?

Jacques Rouré : C'est un monde que j'ignore totalement parce je ne saurai pas m'en servir. Je sais à peu près me servir du téléphone, mais à part ça... même avec le portable, j'ai de très, très gros ennuis. Maintenant étant donné mon âge, et puis , il faut bien le reconnaître, ma fainéantise proverbiale...

Le Chichois : Certes, mais l'avenir de l'écriture...

Jacques Rouré : L'avenir de l'écriture, je m'en fous un petit peu.

Le Chichois : Un dernier mot pour le Chichois ?

Jacques Rouré : Le Chichois, je trouve que c'est une excellente idée parce que, si j'étais un patron de grand journal, je ferai des "locales" les choses les plus importantes. Aujourd'hui, quand vous ouvrez un journal régional, quel qu'il soit, vous n'apprenez rien, dans les premières pages, de nouveau par rapport à ce que vous avez entendu la veille à la télévision. Pourquoi ne pas construire en faisant des localiers les journalistes les plus importants du journal .

Entretien reccueilli par Bernard Stéphan




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